DCG UE11 : Gestion budgétaire

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Prévoir en tenant compte de la saisonnalité : rapports à la tendance et lissage exponentiel

À retenir

Cadre programme : DCG, programme 2025 (arrêté du 4 août 2025, première session 2027), UE 11 « Contrôle de gestion », partie 3 « Mettre en œuvre une démarche budgétaire pour piloter une organisation », sous-partie 3.2 « Mettre en œuvre les techniques prévisionnelles pour la gestion budgétaire ». Outils de prévisions commerciales traités ici : traitement des variations saisonnières par la méthode des rapports à la tendance, et lissage exponentiel. Les moyennes mobiles ne sont pas à traiter.

Pourquoi c'est central à l'examen : un budget de ventes se découpe en périodes (mois, trimestres) et la plupart des activités sont saisonnières. L'épreuve écrite de 4 h demande de calculer des coefficients saisonniers, de les appliquer à une tendance, ou de mener un lissage exponentiel, puis de commenter la qualité de la prévision pour conseiller le décideur.

01Les composantes d'une série chronologique

Une série de ventes périodiques (trimestrielles ou mensuelles) se décompose en plusieurs éléments.

ComposanteDéfinitionExemple
Tendance (trend)Évolution de fond à long termeCroissance régulière de la clientèle
Variations saisonnièresFluctuations qui se répètent à peu près identiques chaque année (même période)Fortes ventes de chauffage en hiver, de glaces en été
Aléas (résidus)Variations imprévisiblesUne grève, un aléa météo

Dans le modèle multiplicatif, retenu par la méthode des rapports à la tendance : valeur observée = tendance × coefficient saisonnier × aléa.

02La méthode des rapports à la tendance

2.1 Les étapes

ÉtapeOpération
1. TendanceAjuster la série par une droite des moindres carrés y = a·t + b (t = rang de la période : 1, 2, 3...) (cours 12)
2. Valeurs de la tendanceCalculer la valeur de la droite pour chaque période
3. Rapports à la tendancePour chaque période : rapport = valeur observée / valeur de la tendance
4. Coefficients brutsPour chaque trimestre (ou mois), faire la moyenne des rapports des différentes années
5. NormalisationVérifier que la somme des coefficients vaut le nombre de périodes dans l'année (4 pour des trimestres, 12 pour des mois). Sinon, multiplier chaque coefficient par (nombre de périodes / somme)
6. PrévisionPrévision = tendance extrapolée × coefficient saisonnier correspondant

Un coefficient de 1,20 signifie que la période est en moyenne 20 % au-dessus de la tendance ; 0,70 : 30 % en dessous.

2.2 Utiliser les coefficients

  • Prévoir : valeur de la tendance au rang de la période prévue × coefficient saisonnier.
  • Désaisonnaliser (série corrigée des variations saisonnières, CVS) : valeur observée / coefficient saisonnier. Cela permet de lire l'évolution de fond sans l'effet de la saison. Exemple : le chiffre d'affaires baisse du T4 au T1 : est-ce une vraie baisse, ou seulement la saison ?

2.3 Limites de la méthode

LimiteExplication
Coefficients supposés stablesElle suppose que la saisonnalité de demain sera celle d'hier
Peu de donnéesTrois ans de données : la moyenne de trois rapports est fragile
Tendance supposée linéaireSi la croissance est exponentielle, la tendance linéaire est mal ajustée (cours 12)
Aléas non prévusPandémie, grève, changement d'habitudes : la prévision ne les anticipe pas

03Le lissage exponentiel

3.1 Principe

Le lissage exponentiel prévoit la période suivante à partir de la dernière prévision corrigée d'une fraction de son erreur. Avec R_t la réalisation de la période t, P_t la prévision de la période t et α le coefficient de lissage (0 ≤ α ≤ 1) :

P_(t+1) = α · R_t + (1 - α) · P_t

Forme équivalente : P_(t+1) = P_t + α · (R_t - P_t) : la nouvelle prévision corrige l'ancienne d'une fraction α de l'erreur.

Initialisation : en l'absence d'indication contraire de l'énoncé, on prend P_1 = R_1 (ou une prévision fournie).

3.2 Choix du coefficient α

αEffetConvient si
Faible (0,1 à 0,3)Lissage fort : la prévision réagit lentement, elle donne un poids important au passéLa série est stable, avec beaucoup d'aléas
Élevé (0,7 à 0,9)Lissage faible : la prévision suit de près la dernière réalisationLa série évolue vite (tendance, changement de régime)

Le meilleur α est celui qui minimise l'erreur de prévision sur le passé, mesurée par exemple par l'erreur absolue moyenne (moyenne des |R_t - P_t|) ou par la somme des carrés des erreurs.

3.3 Limites

LimiteExplication
Retard sur une tendanceLe lissage simple prévoit en dessous (croissance) ou au-dessus (décroissance) de la réalité : les erreurs ont le même signe
Pas de saisonnalitéIl ne distingue pas la saison : on l'applique à des données désaisonnalisées ou à des séries sans saison
Choix de α subjectifIl dépend de la période d'apprentissage
Prévision à une périodeUtile pour le court terme (budget du mois suivant), peu pour le long terme

À retenir

Hors programme UE 11 : les moyennes mobiles.

Exemples corrigés

Cas 1 : coefficients saisonniers par les rapports à la tendance et prévision de N+1

Énoncé : les ventes trimestrielles d'une entreprise (milliers d'euros) sont, sur trois ans :

T1T2T3T4
N-2826155100
N-11007568122
N1188880145

Déterminer la tendance, les coefficients saisonniers, puis prévoir les ventes de chaque trimestre de N+1.

Corrigé :

Étape 1 : la tendance. On numérote les trimestres de 1 à 12. Σt = 78 ; Σy = 1 094 ; Σt·y = 7 733 ; Σt² = 650 ; Σy² = 107 696.

  • tˉ\bar{t} = 78 / 12 = 6,5 ; ȳ = 1 094 / 12 = 91,1667.
  • V(t) = 650 / 12 - 6,5² = 54,1667 - 42,25 = 11,9167.
  • Cov(t, y) = 7 733 / 12 - 6,5 × 91,1667 = 644,4167 - 592,5833 = 51,8333.
  • a = 51,8333 / 11,9167 = 4,3497 ; b = 91,1667 - 4,3497 × 6,5 = 62,8936.
  • Tendance : y = 4,3497 t + 62,8936 (r = 0,583 : le coefficient est modéré, car les fluctuations saisonnières masquent la pente ; la droite reste utile pour définir la tendance de référence).

Étapes 2 et 3 : valeurs de la tendance et rapports.

AnnéeTrim.tVentes yTendanceRapport y / tendance
N-2T118267,241,2195
T226171,590,8521
T335575,940,7243
T4410080,291,2455
N-1T1510084,641,1815
T267588,990,8428
T376893,340,7285
T4812297,691,2488
NT19118102,041,1564
T21088106,390,8271
T31180110,740,7224
T412145115,091,2599

Étape 4 : coefficients bruts (moyenne des trois rapports de chaque trimestre).

TrimestreN-2N-1NMoyenne
T11,21951,18151,15641,1858
T20,85210,84280,82710,8407
T30,72430,72850,72240,7251
T41,24551,24881,25991,2514
Somme
4,0030

Étape 5 : normalisation. La somme (4,0030) diffère légèrement de 4 : on multiplie chaque coefficient par 4 / 4,0030 = 0,99925.

TrimestreCoefficient brutCoefficient saisonnier corrigé
T11,18581,1849
T20,84070,8401
T30,72510,7246
T41,25141,2505

(Somme = 4,0001 : écart d'arrondi.)

Étape 6 : prévision de N+1 (t = 13 à 16).

TrimestretTendance (4,3497 t + 62,8936)CoefficientPrévision (milliers d'euros)
T113119,441,1849141,52
T214123,790,8401104,00
T315128,140,724692,85
T416132,491,2505165,68
Total N+1
503,86
504,05

Analyse :

  • Le T4 est le trimestre fort (25 % au-dessus de la tendance) et le T3 le trimestre faible (27 % en dessous) : le budget doit prévoir des capacités (stocks, personnel) en conséquence.
  • Le total annuel prévu (504,05) est quasi identique à la somme des tendances (503,86), ce qui est normal : les coefficients corrigés ont pour moyenne 1.
  • Séries désaisonnalisées de N (valeur / coefficient) : T1 118 / 1,1849 = 99,6 ; T2 88 / 0,8401 = 104,7 ; T3 80 / 0,7246 = 110,4 ; T4 145 / 1,2505 = 116,0. On lit une progression régulière d'environ 5 % par trimestre, ce que la série brute (T4 : 145, T1 suivant : prévision 141,52) laisserait croire à tort comme une baisse. Le passage de T4 à T1 N+1 (de 145 à 141,52) n'est donc pas un recul réel.
  • Limite : coefficients calculés sur trois ans seulement, et tendance supposée linéaire.

Cas 2 : lissage exponentiel et choix du coefficient

Énoncé : la demande mensuelle d'un produit (en unités) sur huit mois est : 120, 132, 125, 140, 138, 151, 147, 160. On utilise le lissage exponentiel avec P_1 = R_1 = 120. Calculer les prévisions des mois 2 à 9 pour α = 0,2, 0,5 et 0,8, comparer les erreurs et conseiller le choix du coefficient.

Corrigé : P_(t+1) = α·R_t + (1 - α)·P_t.

Exemple de calcul pour α = 0,8 : P_2 = 0,8 × 120 + 0,2 × 120 = 120 ; P_3 = 0,8 × 132 + 0,2 × 120 = 105,6 + 24 = 129,6 ; P_4 = 0,8 × 125 + 0,2 × 129,6 = 100 + 25,92 = 125,92.

Mois tDemande R_tα = 0,2 : P_tErreurα = 0,5 : P_tErreurα = 0,8 : P_tErreur
1120120,00
120,00
120,00
2132120,0012,00120,0012,00120,0012,00
3125122,402,60126,00-1,00129,60-4,60
4140122,9217,08125,5014,50125,9214,08
5138126,3411,66132,755,25137,180,82
6151128,6722,33135,3815,62137,8413,16
7147133,1413,86143,193,81148,37-1,37
8160135,9124,09145,0914,91147,2712,73
9 (prévision)
140,73
152,55
157,45

(Erreur = R_t - P_t ; valeurs arrondies à deux décimales.)

Mesure de l'erreur sur les mois 2 à 8 :

α = 0,2α = 0,5α = 0,8
Erreur absolue moyenne14,89,68,4
Erreur moyenne algébrique (biais)+14,8+9,3+6,7

Analyse : les erreurs sont presque toutes positives : la demande croît, et la prévision lissée est systématiquement en retard, d'autant plus que α est faible. C'est la limite classique du lissage simple face à une tendance. α = 0,8 minimise l'erreur sur cette série : on peut le retenir pour le mois 9 (157 unités), mais en sachant qu'il reste inférieur à la dernière demande observée (160) alors que la tendance est à la hausse. Recommandation : budgéter autour de 157 à 160 unités, et compléter par une prévision de tendance (ajustement linéaire, cours 12) si la croissance doit se poursuivre. Un α élevé rend aussi la prévision plus nerveuse : une anomalie ponctuelle se répercute fortement.

Cas 3 : l'écrit pour conseiller le décideur

Énoncé : le directeur commercial hésite à budgéter le T1 de N+1 d'après le dernier trimestre (145 000 €) car « cela baisse en début d'année ». Rédiger une note de conseil à partir du cas 1.

Corrigé (exemple) :

À retenir

Objet : prévisions de ventes du 1er trimestre N+1.

Constat : la prévision de T1 N+1 est de 141,5 k€ contre 145 k€ réalisés en T4 N, soit environ -2,4 %. Les coefficients saisonniers (T4 : 1,2505 ; T1 : 1,1849) expliquent cette baisse apparente. Une fois désaisonnalisées, les ventes progressent d'environ 5 % par trimestre.

Analyse : il ne faut pas parler de recul. La saisonnalité est calculée sur trois années seulement ; la tendance est supposée linéaire.

Recommandation : budgéter le T1 à 141,5 k€ en prévoyant le stock et le personnel en conséquence ; réviser les coefficients dès qu'une quatrième année est disponible ; comparer chaque mois la réalisation à la prévision pour détecter un éventuel changement de saisonnalité.

Vocabulaire essentiel

TermeDéfinition
Tendance (trend)Évolution de fond de la série, ici une droite d'ajustement
Variation saisonnièreFluctuation qui se répète chaque année à la même période
Rapport à la tendanceValeur observée divisée par la valeur de la tendance pour la même période
Coefficient saisonnierMoyenne des rapports à la tendance d'une même période, normalisée pour avoir une moyenne de 1
NormalisationCorrection pour que la somme des coefficients soit égale au nombre de périodes de l'année
Série CVSSérie corrigée des variations saisonnières (valeur observée / coefficient)
Lissage exponentielPrévision P_(t+1) = α·R_t + (1 - α)·P_t
Coefficient de lissage (α)Poids donné à la dernière réalisation (entre 0 et 1)
Erreur de prévisionRéalisation moins prévision
BiaisErreur moyenne algébrique ; s'il est éloigné de 0, la prévision se trompe toujours dans le même sens

Points clés à retenir

  1. Modèle multiplicatif : observé = tendance × coefficient saisonnier × aléa.
  2. Rapport à la tendance = valeur observée / valeur de la tendance ; coefficient brut = moyenne des rapports d'une même période.
  3. La somme des coefficients doit valoir 4 (trimestres) ou 12 (mois) : sinon, normaliser en multipliant par (nombre de périodes / somme).
  4. Prévision saisonnière = valeur de la tendance extrapolée × coefficient.
  5. Désaisonnaliser = diviser la valeur observée par le coefficient : on lit alors l'évolution de fond.
  6. Lissage exponentiel : P_(t+1) = α·R_t + (1 - α)·P_t, avec P_1 = R_1 sauf indication contraire.
  7. α élevé : prévision réactive mais nerveuse ; α faible : prévision stable mais en retard.
  8. Le lissage simple est en retard sur une tendance et ignore la saisonnalité.
  9. Le meilleur α est celui qui minimise l'erreur de prévision sur le passé.
  10. Dans l'écrit, expliquer l'effet saisonnier avant de conclure à une hausse ou à une baisse.

Pièges fréquents

  1. Oublier de normaliser les coefficients (somme différente de 4 ou 12).
  2. Mal numéroter t pour la prévision : le rang de la première période de N+1 est celui qui suit la dernière période observée.
  3. Appliquer le coefficient à la mauvaise période (confondre T1 et T4 de N+1).
  4. Faire la moyenne des valeurs au lieu de la moyenne des rapports : on moyenne les rapports à la tendance.
  5. Confondre α et 1 - α dans la formule du lissage.
  6. Oublier l'initialisation P_1 = R_1 ou l'appliquer à la mauvaise période.
  7. Interpréter une baisse brute comme un recul sans corriger de la saisonnalité.
  8. Traiter les moyennes mobiles : hors programme.
  9. Conclure sans mentionner la limite du lissage simple face à une tendance.

Q&R pour le tuteur IA

Q : Comment calcule-t-on un coefficient saisonnier par la méthode des rapports à la tendance ? R : On ajuste d'abord la tendance par les moindres carrés, on calcule pour chaque période le rapport valeur observée / valeur de la tendance, puis on fait la moyenne des rapports de chaque trimestre (ou mois) sur les différentes années. Il faut ensuite normaliser pour que la somme des coefficients soit égale au nombre de périodes.

Q : Que signifie un coefficient saisonnier de 0,72 ? R : La période réalise en moyenne 72 % de la valeur de la tendance, soit 28 % de moins que la tendance : c'est une période basse.

Q : Comment prévoit-on une période de l'année suivante avec les coefficients ? R : On extrapole la droite de tendance au rang de la période (t = 13 pour le premier trimestre de l'année suivante après trois ans de trimestres) et on multiplie par le coefficient saisonnier de cette période.

Q : À quoi sert une série désaisonnalisée ? R : À repérer l'évolution réelle sans l'effet de la saison. Une baisse entre le dernier trimestre et le premier de l'année suivante peut être uniquement saisonnière.

Q : Comment fonctionne le lissage exponentiel ? R : La nouvelle prévision est P_(t+1) = α·R_t + (1 - α)·P_t, c'est-à-dire l'ancienne prévision corrigée de α fois l'erreur. Plus α est grand, plus la prévision suit la dernière réalisation.

Q : Quel est le principal défaut du lissage exponentiel simple ? R : Il est en retard sur une série en tendance (erreurs toujours du même signe) et ignore la saisonnalité. On le réserve au court terme sur des séries stables ou désaisonnalisées.

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