Thème 2 — Faire la guerre, faire la paix
À retenir
Programme officiel — Référence : BO n°8 du 25 juillet 2019, programme HGGSP terminale + BO n°33 du 4 septembre 2025 (programme limitatif 2026).
Probabilité 2026 (analyse Innovaweb) : ⭐⭐⭐⭐ — Élevée. 4 dissertations Métropole 2022-2025. L'OTC Moyen-Orient n'a jamais été testé directement, et l'actualité (Gaza, Iran-Israël 2024-2025) le rend probable.
Cadrage du thème
Ce thème pose une question fondamentale de la science politique : la guerre et la paix sont-elles deux états opposés, ou deux moments d'un continuum politique ? L'approche est à la fois historique (formes de la guerre depuis l'Antiquité) et politiste (la guerre comme outil et limite du politique).
Trois questions structurent l'étude :
- Qu'est-ce que la guerre, en tant que phénomène politique ? (axe 1)
- Comment l'humanité a-t-elle tenté de construire la paix ? (axe 2)
- Comment ces deux dynamiques s'articulent-elles concrètement ? (OTC : Moyen-Orient)
Axe 1 — La dimension politique de la guerre
Jalon 1 : La guerre, "continuation de la politique par d'autres moyens"
Carl von Clausewitz (1780-1831) — De la guerre (1832, posthume — domaine public). Officier prussien, théoricien fondamental. Sa thèse centrale, jamais contredite :
À retenir
La guerre n'est qu'une continuation de la politique par d'autres moyens. — Clausewitz, De la guerre, livre I, ch. 1 (1832)
La guerre est subordonnée à des fins politiques. Elle est un moyen, jamais une fin. Trois concepts clausewitziens à connaître :
- Trinité : guerre = peuple (passion) + armée (probabilité/hasard) + gouvernement (raison politique).
- Friction : tout ce qui rend l'action militaire plus difficile que prévu (mauvais temps, fatigue, désinformation). Idée de "Nebel des Krieges" — brouillard de guerre.
- Montée aux extrêmes : tendance théorique de la guerre vers l'absolu, freinée en pratique par les contraintes politiques.
Études de cas du jalon :
- Guerre du Péloponnèse (431-404 av. J.-C.) : conflit Athènes / Sparte raconté par Thucydide. Premier modèle de "piège thucydidéen" : la peur d'une puissance émergente pousse la puissance établie à la guerre préventive.
- Guerre de Sept Ans (1756-1763) : guerre mondiale avant l'heure (Europe, Inde, Amérique). La Grande-Bretagne triomphe de la France grâce à sa supériorité navale. Traité de Paris 1763.
Jalon 2 : La "guerre totale" — la Première Guerre mondiale
Concept : la guerre totale désigne un conflit où toutes les ressources de la nation (économiques, démographiques, idéologiques, scientifiques) sont mobilisées. Forgé par le général Ludendorff (Der totale Krieg, 1935) après-coup.
1914-1918 : prototype de la guerre totale :
- Mobilisation industrielle massive (production de munitions, conversion d'usines).
- Mobilisation démographique : ~70 millions de soldats sur 8 ans, 18 millions de morts.
- Mobilisation idéologique : "Union sacrée" (Poincaré, 4 août 1914), propagande.
- Effacement de la distinction combattant/civil : bombardements, blocus, génocide arménien (1915-1916).
Bascule du XXe siècle : la Seconde Guerre mondiale radicalise (Shoah, Hiroshima/Nagasaki). La guerre froide invente la dissuasion nucléaire = guerre totale impossible mais permanente potentialité.
Jalon 3 : Les conflits transnationaux du XXIe siècle
Trois mutations contemporaines à connaître :
1. La "guerre asymétrique". États contre acteurs non étatiques (al-Qaïda 11 septembre 2001, Daech 2014-2019, Hamas). Difficulté : pas de territoire à conquérir, pas d'armée à vaincre.
2. Les "guerres hybrides". Combinaison d'actions militaires conventionnelles, paramilitaires, cyber, désinformation, économiques. Concept popularisé par la "doctrine Gerasimov" (2013) — annexion russe de la Crimée en 2014 comme cas d'école.
3. La cyberguerre. Attaque NotPetya (2017, dégâts ~10 mds $), Stuxnet (USA-Israël contre l'Iran, 2010), interférences russes dans élections américaines 2016. Difficulté d'attribution → impunité relative.
Axe 2 — Le défi de la construction de la paix
Jalon 4 : Faire la paix par les traités — Westphalie 1648
Traités de Westphalie (24 octobre 1648, signés à Münster et Osnabrück) mettent fin à la guerre de Trente Ans (1618-1648, ~8 millions de morts). Trois principes fondateurs de l'ordre interétatique moderne :
- Souveraineté étatique : chaque État est souverain sur son territoire.
- Non-ingérence dans les affaires intérieures (notamment religieuses : cujus regio, ejus religio).
- Équilibre des puissances comme mode de régulation.
C'est l'acte de naissance du système westphalien qui structure les relations internationales jusqu'au XXIe siècle.
Jalon 5 : Faire la paix par la sécurité collective — SDN (1919) et ONU (1945)
Société des Nations (1919, Versailles) : projet du président américain Wilson. Échec : USA non-membres, retrait Japon (1933), Allemagne (1933), URSS exclue (1939), absence de force armée propre.
ONU (26 juin 1945, San Francisco) : tire les leçons de la SDN. Innovations clés :
- Conseil de sécurité avec 5 membres permanents (USA, URSS/Russie, Royaume-Uni, France, Chine) et droit de veto.
- Casques bleus depuis 1948 (1re mission : UNTSO en Palestine).
- Charte des Nations Unies : interdiction du recours à la force (art. 2.4), sauf légitime défense (art. 51) ou mandat du Conseil de sécurité (chapitre VII).
Limites : paralysie du Conseil pendant la guerre froide (~250 vetos en 60 ans), Rwanda 1994, Syrie depuis 2011, Ukraine depuis 2022.