L'approche marginale : coût marginal, recette marginale, optimum et commande supplémentaire
À retenir
Cadre programme : DCG, programme 2025 (arrêté du 4 août 2025, première session 2027), UE 11 « Contrôle de gestion », partie 2 « Analyser la formation du résultat et des coûts pour aider aux prises de décisions », sous-partie 2.3 « Mettre en œuvre les méthodes de coûts adaptées aux différentes situations » (approche marginale). Il s'agit de calculer des coûts et recettes marginaux, de déterminer un optimum, d'évaluer une commande supplémentaire, d'en apprécier les intérêts et limites et de rédiger un écrit pour conseiller le décideur.
Pourquoi c'est central à l'examen : l'approche marginale est le dernier outil de la sous-partie 2.3 et une application naturelle des coûts partiels. Elle intervient dans l'épreuve écrite de 4 h pour répondre à deux questions de décision classiques : « jusqu'où produire ? » (optimum) et « faut-il accepter cette commande à prix réduit ? ». Les sujets exigent le calcul, mais aussi l'argumentation (capacité, effets sur les clients habituels).
01Raisonner à la marge
Un raisonnement marginal ne regarde que ce qui change quand on décide de produire (ou de vendre) une unité de plus. Les charges qui existent déjà, quelle que soit la décision (charges fixes, déjà engagées), ne comptent pas : c'est le même esprit que celui des coûts partiels (cours 09).
02Coût marginal et recette marginale
2.1 Coût marginal
Le coût marginal est la variation du coût total résultant de la production d'une unité supplémentaire :
Cm(Q) = C(Q + 1) - C(Q), ou, pour une variation plus importante, ΔC / ΔQ. Quand la fonction de coût est dérivable, Cm(Q) = C'(Q) (dérivée).
| Situation | Coût marginal |
|---|---|
| Charges variables proportionnelles, charges fixes constantes | Constant, égal au coût variable unitaire |
| Rendements décroissants (heures supplémentaires, saturation des équipements) | Croissant |
| Économies d'échelle | Décroissant |
| Franchissement d'un palier de capacité (nouvel atelier) | Saut ponctuel : on y ajoute la charge fixe de palier |
Les charges fixes ne figurent pas dans le coût marginal tant qu'elles ne changent pas.
Exemple de dérivation : si C(Q) = 0,03 Q² + 20 Q + 12 000, alors Cm(Q) = 0,06 Q + 20.
2.2 Recette marginale
La recette marginale est la variation de recette totale due à la vente d'une unité supplémentaire : Rm(Q) = R'(Q) = ΔR / ΔQ.
| Marché | Prix | Recette marginale |
|---|---|---|
| Prix imposé (marché très concurrentiel) | p constant | Rm = p |
| Demande décroissante : p(Q) = a - bQ | Le prix doit baisser pour vendre davantage | R(Q) = aQ - bQ², donc Rm = a - 2bQ, inférieure au prix |
Lorsque le prix baisse pour vendre une unité de plus, il baisse aussi sur les unités qui auraient été vendues sans cette baisse : c'est pourquoi la recette marginale est inférieure au prix.
03Le résultat marginal et l'optimum
3.1 Règle de décision
| Comparaison | Décision |
|---|---|
| Rm > Cm | Produire et vendre une unité de plus augmente le résultat : continuer |
| Rm < Cm | Une unité de plus réduit le résultat : s'arrêter ou réduire |
| Rm = Cm | Optimum : le résultat est maximal |
Le résultat est R(Q) - C(Q) ; il est maximal lorsque sa dérivée s'annule : Rm(Q) - Cm(Q) = 0. Pour que ce soit bien un maximum, il faut que Rm - Cm soit décroissante autour de Q* (dérivée seconde du résultat négative) : on vérifie que Rm - Cm passe de positif à négatif.
3.2 Procédure
| Étape | Contenu |
|---|---|
| 1 | Exprimer la recette totale R(Q) à partir de la demande (ou du prix imposé) |
| 2 | Exprimer le coût total C(Q) |
| 3 | Dériver : Rm(Q) et Cm(Q) |
| 4 | Résoudre Rm(Q) = Cm(Q) pour obtenir Q* |
| 5 | Calculer le prix p(Q*), la recette, le coût et le résultat maximal ; vérifier |
| 6 | Interpréter et rappeler les limites |
Les charges fixes (constantes) ne changent pas Q* (elles disparaissent dans la dérivée) : elles diminuent le niveau du résultat, pas la quantité optimale. Si le résultat maximal reste négatif, on compare avec l'arrêt de l'activité : à court terme, on continue tant que la recette couvre au moins les coûts variables (la perte est alors inférieure aux charges fixes).
3.3 Lecture discrète (par tranches)
Quand on dispose de valeurs tabulées (par exemple tous les 100 unités), on calcule les accroissements ΔR et ΔC entre deux niveaux : on augmente tant que ΔR > ΔC par unité.
04La commande supplémentaire
Une entreprise reçoit une demande à un prix inférieur au prix habituel : faut-il l'accepter ? On compare la recette supplémentaire et les charges supplémentaires (le coût marginal de la commande).
| Élément | Traitement |
|---|---|
| Charges variables évitables (matières, main-d'œuvre, emballage spécial) | À retenir : ce sont des coûts marginaux |
| Charges variables non engagées pour cette commande (distribution, commissions) | À exclure |
| Charges fixes supplémentaires liées à la commande (outillage, études) | À retenir |
| Charges fixes déjà engagées (loyers, amortissements) | À exclure : elles existent avec ou sans la commande |
| Capacité disponible | Si elle suffit, pas de coût d'opportunité |
| Capacité saturée | Retenir le coût de la capacité supplémentaire (heures supplémentaires, sous-traitance) ou le manque à gagner sur les ventes normales sacrifiées |
Gain de la commande = recette de la commande - coût marginal de la commande. On accepte si le gain est positif. Le prix minimal acceptable est le prix qui annule le gain (le coût marginal par unité).
Ce raisonnement est de court terme : il suppose un marché distinct pour la commande (pas d'effet sur les prix habituels). Si la capacité est insuffisante, le coût marginal intègre le coût de la capacité supplémentaire ou la marge des ventes évincées (cas 2 et 3).